Je te salue Marie

A Marie Chanthaphasouk, professeur de lettres, pour son départ

M

arie, 
Tu pars. As-tu seulement pensé
Que le pôle lettres de la Villeneuve, 

Allait sortir de cette épreuve,

Complètement désagrégé ?

 

On comprend ton envie de partir.

La Villeneuve n’est plus, faut le dire,

L’ancien château brillant

Qui t’accueillit il y a treize ans ;

 

Las, au bord de la tombe,

Son Chevalier vieillot

N’y est même plus servant

Et les deux ailes en tombent

A son unique Angelot.

 

Et puis, dans la basse cour,

Piétinant les prés verts,

Cette faune, peu encline

A la version latine,

Qui préfère le rap lourd

Aux poèmes de Prévert...

 

Marie,


De ta naissance, au clair de lune,

Sur la colline de Tassin,

Aux traces laissées par tes craies blanches

Sur le fond noir de nos tableaux,

As-tu mesuré le chemin ?

 

Fermée la porte de ton enfance,

Quel Pierrot t’a prêté la plume

Qui t’a fait tant aimer les mots

Au point de vouloir les partager

Et d’épouser ce « beau » métier ?

 

Bardée de tes diplômes,

C’est à Marie Curie

Que t’appris les recettes

Pour enseigner aux mômes.

D'abord comme jeune stagiaire

Ensuite comme titulaire.

En quatre vingt dix sept,

Tu es nommée ici.


 

Supporter des Brulefert

Des Stab, des Nérina

Sans y perdre les nerfs,

Ni même finir à plat,

Ca mérite le respect.

Je te tire mon chapeau,

Ainsi qu’aux sombres héros

Qui ont souffert, sans paix.

 

Sublime horreur, sombre clarté...

Pour ces élèves en panne de mots,

A quoi bon de tels oxymores ?

Prendre le risque de s’faire traiter,

Se mettre tous ces jeunes à dos

Trouver des profs occis, morts !

 

Tu eus bien sûr de bons élèves,

De ceux qu’on garde en mémoire;

De beaux projets, de bons collègues

Que tu aimeras, sans doute, revoir.

 

Treize ans, ça compte évidemment.

Des habitudes, des amitiés,

Trois chefs d’établissement

Et des choix bien cadrés.

 

Tu as connu les I.D.D

Dans un emploi du temps normal

Vécu quelques folles soirées

De nos rencontres amicales;

 

Marie, ta vie professionnelle

Va prendre une autre dimension

Tu vas connaître d’autres élèves,

Question : leurs copies seront-elles

Papier vélin ou de brouillon ?

 

A ce nouveau public,

Tu pourras enseigner

Les mouvements culturels,

Tes auteurs préférés,

Le roman, la nouvelle,

Le comique, le tragique.

 

Tu as vu le meilleur

Et côtoyé le pire.

Connais dans ton ailleurs

Un brillant avenir.

 

Puisses-tu, surtout, trouver

Dans cet Edouard Herriot

Des élèves bien plus mûrs,

Des filles, débarrassées

De leurs deux testicules,

Des garçons, moins idiots,

Laissant au pied du mur

Leurs casquettes ridicules.

 

Marie, tu es Aimée

Et l'as toujours été.

Ton prénom composé

Fut, sûr, bien inspiré.

 

Je te salue, Marie.

Pardon pour ces vers sots

Ecrits recto verso,

Pourvu que tu en ries…

 

Et qui sais…

Quand tu seras bien vieille, un soir, d’vant ta télé

Et quand je serai feu déjà depuis longtemps,

Dira, sifflant un verre, et te remémorant

« Gérard m’a célébrée, du temps de Saint André ! »

 

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